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Créer son family office en Suisse : guide opérationnel complet 2026

Créer son family office en Suisse : guide opérationnel complet 2026

La Suisse compte parmi les trois premières places mondiales pour l'installation de family offices, aux côtés de Londres et Singapour. Son écosystème financier, la profondeur de son réseau de banques privées, la stabilité de son cadre juridique et la compétitivité de sa fiscalité en font une juridiction de référence pour les grandes familles qui veulent gérer leur patrimoine de façon structurée, discrète et pérenne. Mais créer un family office en Suisse n'est pas un acte anodin : cela suppose de choisir le bon modèle selon la taille du patrimoine, de trancher la question de la réglementation (notamment le régime d'autorisation FINMA), de dimensionner les coûts et de construire une gouvernance cohérente avec les objectifs familiaux. On détaille ici l'ensemble du chemin, du premier chiffre au premier conseil de famille.

À partir de quel patrimoine un family office se justifie-t-il ?

Le seuil de patrimoine conditionne directement le modèle de family office pertinent : en dessous de 5 millions de CHF, une fiduciaire spécialisée avec coordination externe est généralement plus efficace ; au-delà de 100 millions, un single family office dédié devient économiquement rationnel.

Trois modèles coexistent en Suisse selon la taille du patrimoine à gérer.

Le single family office (SFO) est une structure dédiée à une seule famille. Elle emploie ses propres collaborateurs, dispose de son propre siège et gère l'intégralité des actifs familiaux en interne. Son coût fixe élevé se justifie à partir de 50 à 100 millions de CHF de patrimoine net, seuil en dessous duquel les charges de structure représentent un pourcentage trop important de l'actif géré. Au-delà de 150 millions, le SFO devient le modèle dominant.

Le multi family office (MFO) mutualise les services et les coûts entre plusieurs familles. Il offre une expertise comparable à celle d'un SFO, avec un accès à des compétences spécialisées (fiscalité internationale, allocation d'actifs, reporting consolidé) à un coût partagé. Il est la solution adaptée aux patrimoines compris entre 5 et 50 millions de CHF. Les meilleurs MFO suisses gèrent entre dix et quarante familles, avec des équipes de dix à cinquante personnes.

La fiduciaire spécialisée avec coordination externe est le modèle intermédiaire : la fiduciaire assure la comptabilité, la fiscalité et l'administration, coordonne un réseau de conseils externes (banquier, avocat, notaire, gestionnaire immobilier) et joue le rôle de chef d'orchestre sans être une structure dédiée. C'est la solution la plus accessible, adaptée aux patrimoines entre 1 et 10 millions de CHF.

SFO, MFO ou fiduciaire externalisée : le bon choix selon votre profil

CritèreFiduciaire + coordinationMulti family officeSingle family office
Patrimoine indicatif1 à 10 M CHF5 à 50 M CHF50 M CHF et plus
PersonnalisationÉlevéeTrès élevéeMaximale
ConfidentialitéBonneÉlevéeMaximale
Coût annuel estimé30 000 à 100 000 CHF0,5 à 1 % des actifs0,8 à 1,5 % des actifs
Équipe dédiéeNonPartagéePropre
Gouvernance familialeÀ structurerIncluseIncluse
Régulation FINMASelon activité fiduciaireSelon activité MFOExempt si intra-familial

Structure juridique et réglementation FINMA

La question réglementaire est souvent mal comprise, et c'est là que les familles perdent du temps et de l'argent à chercher des autorisations qui ne sont pas nécessaires.

La règle centrale est la suivante : un SFO qui gère exclusivement les actifs de sa famille fondatrice est exempt de licence FINMA. La loi fédérale sur les établissements financiers (LEFin), en vigueur depuis le 1er janvier 2020, prévoit une exemption explicite à l'article 2 alinéa 2 pour les gestionnaires de fortune qui gèrent des actifs de personnes économiquement ou familialement liées (source : FINMA, admin.ch, 2026). Cette exemption est large : elle couvre les membres de la famille au sens large et les entités qu'ils contrôlent.

Dès lors qu'un SFO commence à gérer des actifs pour des tiers, même à titre marginal, l'exemption tombe. Il doit alors s'affilier à un organisme de surveillance agréé (OA) et, au-delà d'un certain seuil d'activité, obtenir une autorisation FINMA en tant que gestionnaire de fortune. Cette bascule doit être anticipée dès la phase de conception du modèle.

Pour la forme juridique, deux structures dominent en pratique.

La société anonyme (SA) est le choix le plus courant pour un SFO suisse. Elle offre une gouvernance claire via le conseil d'administration, une responsabilité limitée pour les actionnaires, une possibilité de transmission des actions et une confidentialité relative via le registre du commerce. Son capital minimum est de 100 000 CHF (dont 50 000 CHF libérés au minimum). Elle est soumise à l'impôt sur le bénéfice et le capital, avec un taux effectif pouvant descendre sous 12 % dans les cantons les plus avantageux (Zoug, Schwytz).

La société à responsabilité limitée (Sàrl) est parfois utilisée pour les structures plus légères, avec un capital minimum de 20 000 CHF entièrement libéré. Elle est moins adaptée à une gouvernance complexe ou à une transmission multi-générationnelle, car les parts sociales sont nominatives et leur cession est encadrée.

Les étapes concrètes pour créer son SFO en Suisse

La mise en place d'un single family office en Suisse suit une séquence logique en six étapes, qui s'étale sur trois à six mois selon la complexité du patrimoine.

Étape 1 : audit patrimonial et définition des objectifs. Avant toute structure, on cartographie l'ensemble des actifs familiaux (sociétés opérationnelles, participations, immobilier, portefeuilles financiers, actifs de passion), les passifs et les flux de revenus. On définit les objectifs prioritaires : préservation, croissance, transmission, philanthropie. Cet audit détermine également si un SFO est réellement justifié ou si un MFO ou une fiduciaire spécialisée répondrait mieux aux besoins.

Étape 2 : choix du canton et de la structure juridique. Le choix du canton conditionne la charge fiscale de la structure (impôt sur le bénéfice de la SA du family office) et l'accès à l'écosystème local de conseils. Zoug est le choix dominant pour les family offices à vocation internationale, Genève pour les familles à réseau européen ou moyen-oriental, Zurich pour l'accès aux grandes banques et aux marchés financiers.

Étape 3 : constitution de la SA et domiciliation. La SA est constituée devant notaire, inscrite au registre du commerce cantonal dans les dix à quinze jours ouvrables. Elle nécessite un siège en Suisse, un administrateur responsable domicilié en Suisse et un capital libéré.

Étape 4 : recrutement de l'équipe dirigeante. Le profil type d'un SFO suisse de taille intermédiaire (50 à 150 M CHF) comprend un directeur général ou chief investment officer, un responsable fiscal et juridique, un analyste financier et un assistant administratif. Pour les patrimoines plus importants, on ajoute des spécialistes en immobilier, en actifs alternatifs ou en philanthropie. Le coût salarial total d'une équipe de quatre personnes en Suisse oscille entre 700 000 et 1 200 000 CHF par an, charges sociales incluses.

Étape 5 : rédaction de la politique d'investissement et de la charte familiale. La politique d'investissement (Investment Policy Statement, IPS) formalise les objectifs de rendement, les contraintes de risque, les classes d'actifs autorisées et les mandataires sélectionnés. La charte familiale définit les règles de gouvernance, les processus de décision et la vision à long terme de la famille. Ces deux documents structurants évitent les conflits futurs et donnent un cadre au family office pour opérer.

Étape 6 : connexion à l'écosystème bancaire et sélection des partenaires. Le family office coordonne un réseau de partenaires : banques dépositaires (qui conservent les actifs), gérants délégataires (qui gèrent les mandats financiers), avocats, notaires, fiduciaires et auditeurs. En Suisse, ce réseau est dense et de haute qualité : Pictet, Lombard Odier, Julius Baer, Vontobel, UBS et Credit Suisse (devenu UBS) disposent tous de services dédiés aux family offices. Le family office joue le rôle de contrôleur et de coordinateur, pas de gestionnaire direct dans la plupart des cas.

Les coûts réels d'un family office en Suisse

La transparence sur les coûts est l'une des valeurs ajoutées du family office par rapport à la gestion bancaire traditionnelle, où les frais réels sont souvent disséminés entre commissions de transaction, rétrocessions et frais de garde.

Single family office

Pour un SFO gérant 80 à 150 millions de CHF, le coût total de fonctionnement annuel se situe entre 0,8 % et 1,5 % des actifs sous gestion. Sur 100 millions de CHF, cela représente entre 800 000 et 1 500 000 CHF par an. Ce coût comprend la masse salariale, le loyer, les systèmes informatiques (consolidation, reporting, conformité), les audits, les conseils externes et les frais bancaires.

Multi family office

Les honoraires d'un MFO de qualité en Suisse se situent généralement entre 0,5 % et 1 % des actifs sous conseil par an. Pour un patrimoine de 10 millions de CHF, cela représente entre 50 000 et 100 000 CHF annuels. Certains MFO pratiquent une structure mixte : forfait annuel fixe (entre 20 000 et 80 000 CHF selon la complexité) auquel s'ajoute un pourcentage sur les actifs.

ModèlePatrimoine cibleCoût annuel estiméÉquipe
Fiduciaire + coordination1 à 10 M CHF30 000 à 100 000 CHF/anExterne
Multi family office5 à 50 M CHF0,5 à 1 % des actifsPartagée
Single family office50 M CHF et plus0,8 à 1,5 % des actifsDédiée

Pourquoi la Suisse s'impose comme juridiction de référence

La Suisse réunit quatre atouts structurels qu'aucune autre juridiction européenne ne combine au même degré.

L'écosystème de services financiers. Nulle part ailleurs en Europe on ne trouve une telle densité de banques privées de premier rang, de gérants de fortune indépendants agréés, de cabinets d'avocats spécialisés en droit des successions, de fiduciaires bilingues et de conseillers en art et en actifs de passion, à quelques minutes les uns des autres dans les périmètres de Genève, Zurich ou Zoug.

La fiscalité de la Holding en Suisse. Le family office est souvent couplé à une Holding en Suisse qui détient les participations opérationnelles et financières de la famille. Cette holding bénéficie de la Réduction pour participations (RPP), qui ramène l'imposition effective des dividendes reçus à moins de 1 % pour les cantons les plus favorables. Les détails de ce mécanisme sont traités dans notre guide sur la Holding de famille en Suisse.

La stabilité et la confidentialité. Le franc suisse est l'une des monnaies les plus stables du monde. Le droit suisse protège efficacement la confidentialité des structures, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des montages opaques. La Suisse a signé des accords d'échange automatique d'informations avec la quasi-totalité des pays (CRS/OCDE), mais ces échanges concernent les données fiscales, non les informations patrimoniales stratégiques.

L'accès à la gouvernance familiale. Les meilleurs family offices suisses disposent d'une expertise spécifique en gouvernance familiale (charte, conseil de famille, médiation), un domaine dans lequel la Suisse a développé une école de pensée propre, soutenue par des institutions académiques (IMD à Lausanne, HSG à Saint-Gall). Le cadre complet des services offerts par une structure intégrée est présenté dans notre guide sur la fiduciaire et le family office en Suisse.

FAQ

Faut-il une autorisation FINMA pour créer un family office en Suisse ?

Pas nécessairement. Un single family office qui gère exclusivement les actifs de sa famille fondatrice bénéficie d'une exemption explicite au sens de la loi sur les établissements financiers (LEFin, art. 2 al. 2, 2026). L'autorisation FINMA devient obligatoire dès lors que le family office gère des actifs pour des tiers, même à titre marginal. La frontière entre gestion intra-familiale et gestion externe doit être tracée avec soin dès la conception du modèle.

À partir de quel montant un single family office est-il rentable en Suisse ?

Le seuil de rentabilité économique d'un SFO en Suisse se situe généralement entre 50 et 100 millions de CHF de patrimoine net. En dessous, les charges fixes (équipe, loyer, systèmes, conseils) représentent un pourcentage trop élevé de l'actif géré. Pour des patrimoines entre 5 et 50 millions de CHF, le multi family office offre un meilleur rapport coût-valeur ajoutée.

Un family office peut-il également gérer l'entreprise familiale ?

Oui, c'est même l'un de ses rôles les plus importants. Le family office coordonne la relation entre les actionnaires familiaux et la direction opérationnelle de l'entreprise, prépare la succession managériale, surveille les indicateurs clés et assure la cohérence entre les décisions d'entreprise et la stratégie patrimoniale globale de la famille. Il n'est pas lui-même dirigeant de l'entreprise mais en est le point de coordination stratégique côté actionnaire.

Quel canton choisir pour domicilier son family office en Suisse ?

Zoug est le premier choix pour les family offices à vocation internationale : taux d'imposition sur les sociétés parmi les plus bas de Suisse (environ 11,85 % effectif), écosystème dense de conseillers spécialisés, accès facile à Zurich. Genève est préférée par les familles à réseau européen, moyen-oriental ou africain, avec une tradition de banque privée très ancrée. Zurich donne accès aux plus grandes banques et aux marchés financiers. Schwytz combine la fiscalité la plus favorable avec une proximité avec Zurich.

Quelle est la différence entre un family office et une banque privée ?

La banque privée gère principalement les actifs financiers du client et se rémunère via des commissions sur les transactions et des frais de gestion. Elle a un intérêt structurel à orienter les actifs vers ses propres produits. Le family office est un mandataire indépendant qui supervise l'ensemble du patrimoine (entreprises, immobilier, actifs financiers, actifs de passion) sans conflit d'intérêt sur les produits. Il sélectionne, mandate et contrôle les banques et les gérants au nom de la famille, comme un directeur général supervise ses fournisseurs.

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